Je suis sans cesse omnibulée par un sentiment d’urgence, d’une grande réalisation en gestation. Je n’ai jamais vraiment fait de petits pas. Je n’ai jamais voulu faire ces petits pas qui préparent à être grand. J’ai souvent voulu arriver à destination avant même d’avoir voyagé. Certaines fois, dans ma vie, j’ai été obligée de m’attarder en cours de route. Même que c’est la destination qui m’a rebondi en pleine face afin que je prenne le temps d’intégrer au lien d’ingérer.
Je suis pressée. Il s’agit davantage de peur que d’empressement. J’ai voulu rattraper le temps de devenir meilleure rapidement. Devenir quelqu’une rapidement, maintenant, tout de suite. Car, en attendant, c’est insoutenable. Insoutenable de tensions intérieures de n’être personne. Sensation inconfortable, presque psychotique, angoissante, c’est le moins qu’on puisse dire. L’angoisse du vide en Soi, l’angoisse du Rien qu’on est et du Tout convoité après lequel je cours tant. Je me dépense totalement à Être, je cours après moi-même, m’exténuant à force de "marathoner". Dès que je m’approche de Moi, car quelques fois je me frôle, je me sauve, je m’esquive sous tous les prétextes. Et voilà mon sac à dos rempli de regrets, d’amertumes et d’échecs, d’avortements intérieurs tel un album souvenirs souffrant. Car je répète et répète sans cesse le même scénario, coffrant images par-dessus images. Le diaporama de ma vie s’épuise maintenant dans l’estime de Soi qui s’effrite.
J’ai enfin vraiment peur d’Être qui je suis. Sous prétexte de me faire croire que je deviens, j’ignore que je suis déjà. Enfin, je vois cette peur d’un peu plus près, en face, je la reconnais, elle me hante depuis toujours, parfois, souvent à mon insu. Elle me traque, tel un polar glacial.
La fin du film pointe ses images et je suis, tel le spectateur en haleine du dénouement, l’actrice au bord du saut de l’ange, celui qui donne des ailes, des vraies. Non pas celles des contes de fées. Les ailes de la transformation totale. Les ailes du désir d’être Soi. Soit Être ou mourir. Être, voilà ce qui conte !